Face au cancer, mieux nourrir et « équiper » notre système immunitaire

Ses convictions :

Article rédigé à partir d'une Interview du Pr Vincent Castronovo, Dr en sciences biomédicales, Gynécologue, Université de Liège (Belgique) par Raïssa Blankoff, naturopathe.

Aujourd’hui, les liens entre le dysfonctionnement immunitaire et le cancer sont indiscutablement établis : le cancer est un état où le système immunitaire a perdu sa capacité à se débarrasser des cellules dysfonctionnantes, et qui peuvent ainsi viser l’immortalité. Il s’agit bien de certaines cellules qui ont trouvé comment déjouer la vigilance immunitaire car il était déjà devenu en partie incompétent pour nous défendre.

Le système immunitaire est notre armée, il organise notre défense face au milieu, hostile par définition. Il est organisé de façon hiérarchique, grâce à une première ligne, une deuxième ligne et une troisième ligne de défense. Au cours du temps, nos ennemis potentiels (bactéries, champignons, virus, etc..) ont inventé des moyens de contourner l’intelligence immunitaire, ils se sont « déguisés », sont passés par les failles, et les organismes vivants ont été obligés développer des systèmes de en efficaces pour assurer leur survie. Chez l’Homme,  trois niveaux de défense sont chargés de l’intégrité du territoire :

  • Empêcher les ennemis d’entrer
  • S’ils y sont parvenus, les anéantir
  • S’ils vivent en nous, les identifier et limiter leur nuisance

D’abord s’occuper des fondations

Le premier niveau du système immunitaire est la barrière : barrière de la peau externe, muqueuses internes (bouche, intestins...). Si la barrière n’est efficace, affaiblie, trouée, incapable, l’ennemi entre et la guerre est déclarée. Autant dire qu’il est très important de concentrer tous les efforts possibles en matière de prévention pour garder l’ennemi hors du territoire, le corps est alors en santé, puisqu’il n’a pas à être mobilisé pour une guerre. Si l’ennemi est dedans, l’alerte est donnée et c’est le niveau deux (immunité innée) qui se met en branle pour détruire : l’immunité innée est capable de reconnaître l’ennemi en terme de groupe uniquement : le groupe champignons, le groupe de telle ou telle bactérie... Si l’ennemi, pour échapper à la vigilance du niveau deux, s’est déguisé, avance masqué, l’immunité de niveau trois est sollicitée : en médecine aujourd’hui, on en est au balbutiement des connaissances sur ce niveau trois, on peut dire qu’on avance de doute en doute que de certitude en certitude. Ce niveau d’immunité dite acquise a été  vraisemblablement mis au point pour pallier les déficiences des deux premiers niveaux.

Quand une barrière mal entretenue déclenche un incendie.

Revenons à l’importance du niveau un : si la barrière est détériorée et affectée par divers stress, les fondations du système vont se lézarder, l’édifice risque de vaciller. Un peu comme une maison dont les portes et fenêtres resteraient ouvertes, tendant les bras aux voleurs. Il s’agit de la peau, toutes muqueuses confondues, des voies respiratoires, et surtout de la barrière intestinale - qui, dépliée, est grande comme un court de tennis et dont les cellules se renouvellent toutes les 36 heures. Rappelons que le couple intestin-immunité est inséparable. Si l’ennemi trouve le moyen de franchir la barrière, c’est l’armée de l’immunité non spécifique, dite innée, qui est mobilisée avec des cellules spécialisées, comme les cytokines, chargées de la communication. Ou les soldats spécialisés qui sont des mercenaires patrouillant dans notre sang et contrôlant l’identité des cellules. Une cellule présentant une identité suspecte sera immédiatement détruite, sans mise en examen préalable. Leur dosage sanguin est intéressant pour en savoir sur l’état de la guerre.

En dernier recours, le corps fait appel à l’immunité spécifique : elle permet de déclencher la mémoire immunitaire : un portrait-robot de l’intrus est établi, la reconnaissance est immédiate et des outils de destruction prêt-à-servir ne laisse aucune chance à l’ennemi. C’est le principe du vaccin : on présente aux soldats un morceau de l’ennemi (antigène), le corps fabrique son arme spécifique, prêt-à-détruire l’Alien à sa moindre réapparition : reconnu, repéré et anéanti sans sommation. Les anticorps sont donc ces armes spécifiques qui sont capables de reconnaitre ce qui n’est pas soi, le non soi, et le détruire immédiatement. Ce système sophistiqué est devenu tellement efficace, qu’en parallèle le corps a inventé un contre-pouvoir, un régulateur, au risque de se tirer dessus, ce qui est le cas de la maladie auto-immune qui est déclenchée par déficience du régulateur.

La défense spécifique nécessite des molécules de guerres produites par le foie. Le corps produit de l’inflammation, une sorte d’incendie, il sonne l’alerte générale. Ces molécules sont dosables dans le sang : par exemple, le complément, qui agit en « trouant » les cellules toxiques, la phagocytose qui les « avale », les radicaux libres, lance flammes brûlant tout sur leur passage : cette stratégie déclenché très intelligemment par le corps est un système d’alerte et non une maladie en soi.  Il s’agit bien d’une réponse normale à une intrusion qui entraîne la mise en alerte de notre armée, celle qui veille sur notre vie.  Défense ou offense ? En effet, la réponse peut être exagérée ou inappropriée : l’inflammation, dont l’objectif est l’alerte incendie,  fait déjà par sa présence chronique, le nid du cancer, elle contribue à son  développement et à sa progression. L’inflammation chronique de bas grade signe déjà l’entrée en maladie.

Eteindre l’incendie

Il s’agira, et c’est impératif, de replacer le système immunitaire dans un environnement qui lui est favorable. Une attention particulière sera portée à la nutrition et au métabolisme digestif, corolaires de l’immunité : il existe à ce jour 10.000 publications sur les liens entre l’immunité et l’alimentation. Si pour survivre nous devons manger d’autres organismes vivants, il existe cependant des règles à respecter, loin du n’importe quoi, n’importe comment.  Si dans les pays en voie de développement, la malnutrition en protéines fragilise l’organisme par une production insuffisante d’anticorps et donc une incidence importante de certaines maladies, dans les pays développés, on assiste plutôt à des carences en micro-nutriments, liées de la pauvreté des aliments ou à la déficience métabolique.

Que faire ? Optimiser les fonctions des barrières !

  • Mastiquer suffisamment pour éviter que des macro-molécules non digérées parviennent au colon et nourrissent les bactéries ;
  • Équilibrer le microbiote grâce aux probiotiques (à conserver au cours de la chimiothérapie sauf en cas de greffe ou d’auto-greffe) ;
  • Consolider notre interface intestinale grâce à la L-glutamine, acide aminé qui permet de lutter contre l’hyperperméabilité intestinale ;
  • Colmater les joints intercellulaires de la muqueuse intestinale grâce au zinc, l’un des nutriments les importants pour le système immunitaire. Une carence déclenche l’avortement de la réponse immunitaire. Entre 15 et 30 mg par jour sont nécessaires, et à partir de 40 ans, il faudra considérer une supplémentation de 40 mg par jour, entre les repas pour échapper à la compétition d’absorption avec les autres métaux. Ou 6 huîtres N°3 par semaine.
  • Le fer qui ne devra pas être ni en excès ni en déficit ;
  • La vitamine D, qui au-delà de son importance connue et reconnue pour l’os, joue un rôle majeur dans l’action du système immunitaire, notamment grâce à sa propriété anti angiogénique ;
  • Les acides gras polyinsaturés Omega-3 contenus dans les poissons gras. Il sera intéressant de vérifier le rapport oméga 6 sur omega 3 et le rapport acide arachidonique sur omega 3 qui peut être évalué par un dosage sanguin des acides gras ; la complémentation en omega 3 est recommandée avant, pendant et après les traitements du cancer.
  • Les anti-oxydants qui participent à la lutte contre les radicaux libres devront être évalués : ni trop ni pas assez ;
  • Le curcuma qui est un normalisateur de la réponse inflammatoire ;
  • Les plantes immunomodulatrices ;

En résumé et en pratique :

  • Manger lentement et bien mastiquer.
  • Légumes et fruits devront constituer la moitié de l’assiette, de qualité biologique si possible.
  • Favoriser le bon gras au quotidien en consommant 3 parts de poissons gras par semaine. Eviter les huiles de maïs, d’arachide, ainsi que les fritures ; consommer au quotidien des huiles de colza, olive et soja crues ;
  • Vérifier et optimiser le taux de vitamine D. Il est impératif de vérifier que la correction est efficace par un contrôle régulier, tous les trois mois environ pendant la maladie.  Une prise quotidienne est préférable à une ampoule mensuelle. Si un taux de 30 ng est considéré comme suffisant dans le cadre de la conservation de l’os, dans les situations de cancer, il sera recommandé de viser un taux situé entre 60 et 75 ng.
  • Contrôler les taux de zinc et de fer.  
  • Se relaxer, s’amuser, aimer et être aimé. Apprendre à gérer son stress, le cas échéant.

 

Raissa Blankoff, naturopathe-aromathérapeute,


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