Un vaccin gratuit contre le VPH?

9 mars 2007 – La Fédération des femmes médecins du Canada (FFMC) demande que toute femme qui le désire puisse se faire vacciner gratuitement contre le virus du papillome humain (VPH) 1. Au Québec et dans ieurs États américains, la réflexion sur la vaccination universelle contre le VPH, sujet parfois controversé, est amorcée.

Selon la porte-parole de la FFCM, la Dre Yolande Leduc, le temps est venu de protéger les femmes contre le VPH « qui est la cause principale du cancer du col de l’utérus ». Aussi, l’organisme appuie-t-il la recommandation récente du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI)2, selon laquelle « les Canadiennes âgées de 9 à 26 ans devraient être systématiquement vaccinées avec GardasilMC ».

Homologué en juillet dernier par Santé Canada, ce vaccin commercialisé par Merk Frosst assurerait une protection contre quatre souches du VPH. Deux de ces souches sont associées à 90 % des cas de verrues génitales, et les deux autres sont liées à environ 70 % des cas de cancer du col de l’utérus.

Actuellement, le coût du vaccin – environ 540 $ pour les trois doses nécessaires à l’immunisation – n’est pas remboursé par les régimes publics de santé.

Qu’est-ce que le VPH?
Il existe de 120 types de virus du papillome humain (VPH). Au moins une fois dans leur vie, 75 % des Canadiennes en seraient infectés. Dans la majorité des cas, l’organisme se défait par lui-même du virus. Certaines souches peuvent toutefois être responsables de verrues génitales, condylomes ou encore causer le cancer du col de l’utérus.
Le risque de contracter l’une des souches du VPH visées par le GardasilMC augmente chez les femmes qui ont eu des relations sexuelles tôt dans l’adolescence. Celles qui ont eu ieurs partenaires sexuels ou qui ont été atteintes d’une autre infection transmise sexuellement sont aussi à risque. L’utilisation du condom contribue à prévenir jusqu’à 70 % des cas d’infections au VPH.

Éviter la propagation

Selon les récentes estimations, le cancer du col de l’utérus a été détecté chez 1 350 femmes au Canada, et a provoqué 390 décès en 2006. Ce cancer se retrouve au 19e rang des cancers les fréquents au pays, et au 15e rang des cancers les mortels3.

Pourquoi donc recommander de vacciner des fillettes dès l’âge de neuf ans? « On veut les protéger avant le début de leur vie sexuelle pour éviter la propagation, soutient Yolande Leduc. Le coût annuel du dépistage et du traitement des infections aux VPH est évalué à 300 millions de dollars. La vaccination permettrait de diminuer ce coût, en de réduire l’anxiété découlant de l’attente de résultats ».

Selon la Dre Leduc, il faut vacciner huit femmes avec le GardasilMC pour en protéger une contre l’apparition de condylomes. Pour prévenir un cas de cancer du col de l’utérus, il faut en vacciner 200, « ce qui représente un rapport coût-bénéfice en faveur du vaccin », avance-t-elle.

Une campagne alarmiste?

Aux États-Unis, au moins 30 États débattent actuellement de la pertinence de vacciner les femmes contre le VPH. Le gouverneur du Texas s’est d’ailleurs engagé à ce que dès septembre prochain, les filles de 11 et 12 ans aient leur certificat de vaccination pour pouvoir entrer à l’école!

Ce cas extrême a fait sursauter le chercheur et auteur scientifique américain Ralph Moss, qui se spécialise depuis de 30 ans dans les traitements du cancer.

Dans un rapport qu’il a rendu public cette semaine4, Ralph Moss déplore la campagne alarmiste de relations publiques à laquelle se livre la société pharmaceutique Merk. « Aux États-Unis, huit femmes sur dix auront l’une des 100 souches du VPH au cours de leur vie et la plupart ne développeront aucun symptôme », écrit-il.

Selon un rapport des Centers for Disease Control (CDC américains), l’infection à l’une des quatre souches auxquelles s’attaque le GardasilMC toucherait moins de 1,6 % des Américaines.

D’après Ralph Moss, le test PAP demeure un moyen approprié « et abordable » pour dépister le cancer du col de l’utérus, notamment parce que ce cancer « met ieurs années à faire irruption et qu’il s’avère décelable à 100 % lorsque le PAP test est pratiqué aux trois ans ».

Il met également en garde la population quant à l’innocuité à long terme du vaccin de Merk Frosst. « On n’en sait rien puisque les études sur GardasilMC portent sur une période variant de 18 mois à quatre ans ».

Québec : une recommandation à l’automne

Au Québec, la décision de rendre un vaccin accessible gratuitement appartient au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Sur le plan scientifique, le ministère s’en remet à un comité de l’Institut national de santé publique (INSPQ), qui évalue la demande selon différents critères.

« Nous venons d’entamer nos travaux sur l’étude du GardasilMC et nous devrions faire nos recommandations au cours de l’automne », a indiqué le DBernard Duval, secrétaire du Comité consultatif d’immunisation de l’INSPQ. Selon lui, il faut s’attendre à ce que le comité propose différents scénarios plutôt qu’une seule voie.

Mais la décision du MSSS ne repose pas strictement sur les preuves scientifiques : les pressions politiques jouent aussi un rôle. « Et, gratuit ou non, les Québécoises commencent déjà à réclamer le vaccin », indique le Dr Duval.

Le gouvernement devra s’assurer que la solution touche notamment les femmes issues des milieux défavorisés, qui sont moins nombreuses en proportion à subir le test PAP.

Depuis 1977, ce test de dépistage ponctuel a permis de réduire de 50 % les taux d’incidence du cancer du col de l’utérus, et de réduire de 60 % les taux de mortalité liés à ce cancer5.

 

Martin LaSalle – Ninjagames.info
Avec la collaboration de Marie-Michèle Mantha

 

1. Voir à ce sujet le communiqué émis le 6 mars 2007 par la FFMC : http://www.cnw.ca/fr/releases/archive/March2007/06/c7394.html [consulté le 6 mars 2007].
2. Pour consulter la déclaration du Comité consultatif national sur l’immunisation, émise le 15 février 2007 : http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/0/acs33-02 [consulté le 7 mars 2007].
3. Société canadienne du cancer, Statistiques canadiennes sur le cancer 2006, p. 21 http://www.cancer.ca/vgn/images/portal/cit_86755361/31/22/935505932cw_2006stats_fr [consulté le 7 mars 2007].
4. Le rapport de Ralph W. Moss est disponible sur le site (en anglais) http://www.cancerdecisions.com/ [consulté le 7 mars 2007].
5. Société canadienne du cancer, Les Statistiques canadiennes sur le cancer 2006 : Programmes canadiens de dépistage du cancer sont sous-utilisés, 11 avril 2006. Pour en savoir  : http://www.cancer.ca/ccs/internet/mediareleaselist/0,3208,3172_615815452_944170336_langId-fr,00.html [consulté le 7 mars 2007].

 

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