Cancer: le soutien de la naturopathie

Cancer: le soutien de la naturopathie


 

Ce que peut apporter la naturopathie

La naturopathie ne peut apporter la guérison à elle seule. À ce sujet, les naturopathes et les herboristes sont formels : aucune plante aux vertus anticancéreuses ne peut garantir la régression d’une tumeur, et encore moins la guérison1-3 d’un cancer.

En fait, la naturopathie agit en complémentarité avec les traitements médicaux. En pratique, elle permettrait d’améliorer les chances de rémission de même que la qualité de vie des personnes atteintes de cancer. C’est ce que confirment des auteurs reconnus, dont le naturopathe J.E. Pizzorno1.

Cancer: le soutien de la naturopathieLa Québécoise Anouk Lepage4, naturopathe et homéopathe, abonde dans le même sens. D’après elle, la naturopathie peut contribuer à atténuer les symptômes causés par le cancer et par les traitements médicaux, comme les douleurs, la nausée, le manque d’appétit, l’anxiété et l’insomnie.

« D’après mon expérience, les gens qui profitent d’une approche intégrée ont de meilleures chances de survie, de rémission ou de guérison, dans certains cas. Parfois, on parvient seulement à améliorer la qualité de vie, et c’est déjà énorme », affirme cette naturopathe formée au Collège canadien de médecine naturopathique à Toronto et qui pratique au Québec et en Ontario.

La naturopathie agit en soutenant les mécanismes naturels de guérison du corps. Ceux-ci seraient présents même chez les personnes très affaiblies par la maladie2.

Paul Reilly, naturopathe aux États-Unis, a rédigé un chapitre complet sur le traitement du cancer, paru dans le Textbook of Natural Medicine1. Il rapporte que de nombreuses études in vitro et in vivo ont démontré que des nutriments contenus dans les aliments et dans les composés phytochimiques des plantes peuvent freiner la croissance des tumeurs. Selon lui, la naturopathie peut avoir les effets suivants :

  • Réduire les effets indésirables des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie.
  • Améliorer l’efficacité des traitements.
  • Aider à adapter l’environnement afin de le rendre le moins toxique possible.
  • Ralentir ou arrêter la multiplication des cellules malades.
  • Réduire la formation de métastases.
  • Régulariser les taux d’hormones en rétablissant leur dégradation naturelle par le foie, dans les cas de cancers hormonodépendants (cancer du sein, de la prostate et de l’endomètre).
  • Soutenir le système immunitaire.
  • Soutenir l’organisme durant une rémission.

D’après Anouk Lepage, les résultats dépendent de ieurs choses : du type de cancer, de son stade d’évolution, de la présence ou non de métastases, de l’état de santé général de la personne et de sa volonté de guérir. « La détermination est extrêmement importante. Plus la personne est convaincue qu’elle peut guérir, elle a de chance de s’en sortir. D’ailleurs, elle sera beaucoup fidèle à son traitement. Il en va de même avec la médecine classique », précise-t-elle.

Ses principaux outils

Pour aider à lutter contre un cancer, la naturopathie combine ieurs approches : phytothérapie, homéopathie, techniques de gestion du stress, etc. « L’efficacité du traitement repose sur la synergie et la complémentarité. Le produit miracle n’existe pas », plaide Anouk Lepage.

« L’alimentation et l’hydratation sont à la base du traitement. Ce que l’on mange est responsable de 30 % à 40 % des cancers, et est tout aussi important en période de traitement1. »

Paul Reilly, naturopathe

Certaines recommandations peuvent s’appliquer à l’ensemble des personnes atteintes de cancer, selon ieurs auteurs1,5. Des exemples? S’alimenter sainement, bien s’hydrater et consommer du thé vert et des oméga-3.

Par contre, le choix des suppléments –dont les antioxydants- adaptés à son état ne s’improvise pas. L’autotraitement est carrément déconseillé pour les personnes aux prises avec un cancer.

« Choisir les suppléments qui conviennent à la personne est un processus fort complexe », écrit le naturopathe américain Paul Reilly1. Chaque cas est unique. Cela dépend en effet des traitements que la personne reçoit, de leur dose, de l’état de santé du patient, de l’évolution de sa maladie, etc.

Un traitement personnalisé est de mise, estime aussi Anouk Lepage. « C’est là l’une des grandes forces de la naturopathie. On essaie aussi de procéder à une rotation des traitements afin de s’assurer que le corps comble ses besoins et qu’il n’a pas le temps de s’habituer à un produit, car à long terme, le corps cesse de réagir », indique-t-elle.

Des aliments contre le cancer?

La première étape est, selon Anouk Lepage, un changement alimentaire complet. L’objectif : viser une alimentation la naturelle possible. « L’alimentation devient encore importante en présence d’une maladie comme le cancer », souligne-t-elle.

« Je dis souvent à mes patients de revenir aux fruits et aux légumes frais : pas congelés, pas en conserve, frais! », s’exclame-t-elle. Les légumes, idéalement, doivent être cuits à la vapeur minimale. La naturopathe québécoise conseille aussi la consommation de poisson sauvage d’eau froide, du poulet, de l’agneau, de la dinde et de la venaison. « Si on peut acheter des aliments biologiques, c’est encore mieux. »

Elle encourage ses patients à laisser tomber le café, l’alcool et la cigarette afin de ne pas surcharger l’organisme. « Il n’est jamais trop tard pour faire ces changements... », précise-t-elle.

Ce type d’alimentation permet de limiter le possible les sources de toxines et, par le fait même, d’aider le foie, d’après elle. « Le foie exerce un rôle de filtre très important, dit-elle. Plus il est en bon état, le traitement de chimiothérapie sera efficace, car les médicaments sont métabolisés par le foie. Si la passoire est pleine à ras bord, peut-elle filtrer adéquatement? »

Une diète pour les personnes atteintes de cancer

 

En général, la diète qui convient bien aux personnes atteintes de cancer doit contenir des aliments de haute valeur nutritive. Le naturopathe Paul Reilly, dans le Textbook of Natural Medicine1, y va de quelques recommandations. Cette diète doit, selon lui, comporter :

 

  • des aliments riches en fibres alimentaires;
  • des aliments les moins transformés possible et, de préférence, issus de l’agriculture biologique;
  • des fruits et des légumes en abondance, particulièrement l’ail, les pousses de brocoli et les crucifères (chou, chou-fleur, brocoli);
  • des légumineuses (haricots, pois chiches, lentilles...);
  • des graines et des noix;
  • des poissons d’eau froide.

Pour de détails, consulter aussi la diète anticancer d’Hélène Baribeau.

 

Dans leur livre Les aliments contre le cancer : la prévention et le traitement du cancer par l’alimentation, les chercheurs québécois Richard Béliveau et Denis Gingras12 proposent une vingtaine d’aliments ayant une forte concentration en agents anticancéreux. Incorporer ieurs d’entre eux à son alimentation permettrait, selon eux, de contribuer à lutter contre le cancer.

 

Guide des aliments contre le cancer

Aliments 

Apport quotidien

Chou de Bruxelles

½ tasse

Brocoli, chou-fleur, chou

½ tasse

Ail

2 gousses

Oignon, échalote

½ tasse

Épinard, cresson

½ tasse

Soya (edamame)

½ tasse

Graines de lin fraîchement moulues

1 c. à table

Tomate (pâte)

1 c. à table

Curcuma

1 c. à thé

Poivre noir

½ c. à thé

Bleuet, framboise, mûre

½ tasse

Canneberge (séchée)

½ tasse

Raisin

½ tasse

Chocolat noir 70 %

40 g

Jus d’agrumes

½ tasse

Thé vert

3 fois 250 ml

Vin rouge

1 verre

Source : Béliveau R et Gingras D. Les aliments contre le cancer : la prévention et le traitement du cancer par l’alimentation, Éditions du Trécarré, Canada, 2005, p. 199.

Attention aux antioxydants!

En naturopathie, on utilise des suppléments d’antioxydants, comme la vitamine C, pour réduire les effets indésirables des traitements de radiothérapie et de chimiothérapie.

Toutefois, certains types d’antioxydants sont pour l’instant contre-indiqués avec un traitement en particulier1,6-10. Par exemple, on ne donne pas d’acide folique à une personne qui prend du fluorouracile comme médicament de chimiothérapie. D’autres antioxydants pourraient, au contraire, limiter les effets de la chimiothérapie en protégeant les cellules saines.

« Il est donc important de ne pas s’autotraiter et de choisir un thérapeute dont les connaissances en physiologie et en pharmacologie sont solides », insiste la naturopathe Anouk Lepage.

 

 

Antioxydants : bénéfiques ou risqués?

 

 

 

 

Peut-on consommer des suppléments d’antioxydants durant des traitements de radiothérapie ou de chimiothérapie? Cette question est sujette à la controverse.

 

D’un côté, la majorité des médecins jugent que les antioxydants risquent grandement d’interférer avec la chimiothérapie et la radiothérapie. Certains de ces traitements contre le cancer tuent en effet les cellules cancéreuses en créant des dommages oxydatifs importants. Puisque les antioxydants limitent ces dommages, par déduction logique, les médecins les déconseillent durant toute la durée des traitements11.

 

D’un autre côté, les naturopathes et certains scientifiques soutiennent que ce ne sont pas tous les agents de chimiothérapie qui agissent par oxydation1,6,8-10. Ils estiment que les bénéfices que peuvent procurer les antioxydants sont si nombreux - même pour les personnes en traitement contre le cancer - qu’il serait dommage de s’en passer. Les antioxydants permettraient notamment de réduire les effets indésirables des traitements médicaux et même d’en améliorer leur efficacité. Il s’agirait seulement, selon eux, d’en faire un emploi judicieux.

 

À ce sujet, les données scientifiques se veulent rassurantes, si l’on se fie à une synthèse d’études parue en 200713,14. De 1965 à 2003, 280 études in vitro et in vivo ont porté sur l’interaction entre les antioxydants et les traitements contre le cancer. De ce nombre, 50 sont des essais cliniques réalisés sur un total de 8 521 patients, dont 5 081 ont consommé des suppléments d’antioxydants. Les médecins ayant réalisé cette synthèse affirment, à la lumière des résultats, que les antioxydants n’interfèrent pas avec les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie. Au contraire, ils en augmenteraient même l’efficacité tout en réduisant leurs effets indésirables. Ils permettraient aussi de protéger les tissus sains contre les dommages oxydatifs induits par les traitements anticancer. Fait non négligeable, les antioxydants contribueraient à prolonger la vie des personnes aux prises avec un cancer, tel que relevé dans 15 essais cliniques.

 

Ralph Moss, scientifique, auteur et conférencier réputé dans le domaine du traitement du cancer, a rédigé un rapport étoffé sur le sujet8. Voici sa principale conclusion :

  • Pour une personne sous traitement anticancéreux, les suppléments d’antioxydants peuvent apporter de nombreux bénéfices. Cependant, certains antioxydants peuvent être inefficaces, et d’autres peuvent interférer avec des agents de chimiothérapie. Par conséquent, les suppléments d’antioxydants devraient être utilisés seulement sous supervision professionnelle.

Le Dr Andrew Weil s’est aussi penché sur la question7. Appuyée par l’avis d’un oncologue, sa position est prudente. Voici ce qu’il recommande :

  • Pour les personnes qui reçoivent des traitements de radiothérapie ou de chimiothérapie : pas de suppléments d’antioxydants durant toute la durée des traitements.
  • Pour les personnes qui reçoivent des traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie qui visent à détruire des cellules cancéreuses résiduelles (chez qui les tumeurs ont déjà été retirées) : ne pas prendre de suppléments d’antioxydants le jour qui précède la chimiothérapie, le jour même et le jour suivant.
  • Pour les personnes ayant un cancer avancé et qui sont traitées pour prolonger la vie : la prise de suppléments d’antioxydants est possible.

 

Quelques conseils

Afin d’utiliser la naturopathie de façon sécuritaire, Anouk Lepage recommande de :

  • ne pas s’autotraiter. Éviter de prendre un produit naturel dont on a entendu parler sans avoir consulté un thérapeute au préalable;
  • consulter un thérapeute qui possède des connaissances approfondies dans le domaine médical et une expérience avec les personnes atteintes de cancer. Un suivi régulier est nécessaire;
  • informer son médecin des produits naturels consommés. Une collaboration entre le thérapeute et le médecin est souhaitable.

 

Marie-Michèle Mantha - PasseportSanté.net
Mise à jour : avril 2007

 

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Notes

1. Pizzorno JE Jr, Murray Michael T (Ed). Textbook of Natural Medicine, Churchill Livingstone, États-Unis, 2006.
2. Mills S, Bone K. Principles and Practice of Phytotherapy, Churchill Livingstone, Harcourt Publishers, Grande-Bretagne, 2000.
3. Weiss RF, Fintelmann V. Herbal Medicine. Second edition. Thieme, États-Unis, 2000.
4. Formée au Collège canadien de médecine naturopathique à Toronto, Anouk Lepage est membre de l’Association canadienne des docteurs en naturopathie.
5. Ask DrWeil, Polaris Health (Ed). Health Conditions - Cancer, DrWeil.com. [Consulté le 3 octobre 2006]. www.drweil.com
6. Sat Dharam Kaur. The Complete Natural Medicine Guide to Breast Cancer, A Practical Manual for Understanding, Prevention and Care, Robert Rose Inc., Canada, 2004.
7. Ask DrWeil, Polaris Health (Ed). Q & A Library - Antioxidants and Cancer Treatments?, DrWeil.com. [Consulté le 3 octobre 2006]. www.drweil.com
8. Moss RW. Should patients undergoing chemotherapy and radiotherapy be prescribed antioxidants?Integr Cancer Ther. 2006 Mar;5(1):63-82. Review.
9. Lamson DW, Brignall MS. . Altern Med Rev. 1999 Oct;4(5):304-29. Review.
10. Lamson DW, Brignall MS. Antioxidants and cancer therapy II: quick reference guide. Altern Med Rev. 2000 Apr;5(2): 152-63.
11. D'Andrea GM. Use of antioxidants during chemotherapy and radiotherapy should be avoided. CA Cancer J Clin. 2005 Sep-Oct;55(5):319-21. Review. Article complet accessible à l’adresse suivante : http://caonline.amcancersoc.org
12. Béliveau R et Gingras D. Les aliments contre le cancer : la prévention et le traitement du cancer par l’alimentation, Éditions du Trécarré, Canada, 2005.
13. Simone CB 2nd, Simone NL, et al. . Altern Ther Health Med. 2007 Jan-Feb;13(1):22-8. Review.
14. Simone CB 2nd, Simone NL, et al. . Altern Ther Health Med. 2007 Mar-Apr;13(2):40-7.